vendredi 13 octobre 2017

La Peur de Stefan Zweig


La Peur (Angst), une nouvelle de l'écrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942), écrite en février et avril 1913, fut publiée en 1920 à Berlin.

Stefan Zweig
Au début du siècle, à Vienne, Irène, trentenaire bourgeoise mariée, aimée de son mari, le trompe néanmoins, par jeu et par envie de se divertir.
Jusqu'au jour ou une femme la coince à la sortie de chez l'amant, jeune musicien à succès.


Dès lors, Irène vit dans la peur de se faire prendre par son mari, de se faire dénoncer par la maîtresse chanteuse.
Mais il s'avérera que cette dernière n'était qu'une actrice, payée par le mari d'Irène, dans le but de la faire avouer et de pouvoir lui pardonner.

Nous avons vu il y a quelques jours une magnifique adaptation théâtrale de cette nouvelle, au Théâtre Michel, à Paris, dans une adaptation et une mise en scène remarquables d'Elodie Menant.


Le jeu des trois acteurs, Hélène Degy, Aliocha Itovich et Ophélie Marsaud, admirable et d'une force incroyable, nous a tenu en haleine tout au long du spectacle : magnifique!

Hélène Degy au premier plan

Nous avons apprécié tout particulièrement l'interprétation prodigieuse d'Irène par Hélène Degy, nominée pour les Molières 2017 (révélation féminine).

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Stefan Zweig excelle dans la description des tourments intérieurs de ses héros.

Cette nouvelle "La Peur", en est le meilleur exemple : Irène est-elle l'objet de manipulations, est-elle en proie à des hallucinations?
Comment échapper à cette tourmente sans fin?

Son couple vacille jusqu'au dénouement, véritable coup de théatre.

"Quand tu commences à mentir, ils est impossible de revenir en arrière; chaque mensonge est une nouvelle faute à avouer." Irène


mardi 26 septembre 2017

Antonio Machado et les grands mystères de la vie humaine


Antonio Cipriano José Maria Machado Ruiz, plus connu sous le nom d'Antonio Machado est né le 26 Juillet 1875 à Séville et est mort le 22 février 1939 à Collioure.

Il est l'une des figures du mouvement littéraire espagnol important connu sous le nom de "Génération de 98".

Antonio Machado

Il mélange la rêverie mélancolique et raffinée à l'inspiration terrienne.

Machado effectua plusieurs métiers dont celui d'acteur.

En 1899, il se rend à Paris avec son frère, qui avait obtenu un emploi de traducteur à la maison Garnier.
Il entre alors en contact avec les poètes Jean Moréas et Paul Fort, ainsi qu'avec Ruben Dario et Oscar Wilde.

Ces rencontres confortent Antonio Machado de devenir lui-même poète.

Nous avons séjourné récemment en Andalousie dans la belle ville de Baeza, dans la province de Jaén, où a vécu Machado.

Machado est venu à Baeza en octobre 1912, brisé par la douleur, pour enterrer sa jeune femme Leonor, âgée de 18 ans et décédée à Soria.

Machado à Baeza

Il y prend la chaire de grammaire française à l'Institut Général et Technique, situé dans le bâtiment de l'ancienne université, qui est devenue la chaire "Antonio Machado" de l'Université Internationale d'Andalousie.

Sur le mur de l'Université, nous y avons vu l'inscription suivante :



Antonio Machado publia ses premiers poèmes dans le Journal littéraire Electra, puis, en 1903, ce fut Soledades, en 1910 : Galerias, Otros Poemas, en 1912 : Campos de Castilla, en 1917 : Poetas Completas, en 1924 : Nuevas Canciones, en 1938 : Noches de Castilla,...



Sa poésie est empreinte d'une sagesse et d'une profondeur, qui lui donne une portée égale à celle des plus grands poètes.

L'oeuvre de Machado interroge constamment les grands mystères de la vie humaine, dans une contemplation attentive des hommes et du monde.



A partir de 1936, durant la guerre civile, Machado mit sa plume au service du parti républicain, et à la chute de la Seconde République espagnole, il fuit avec sa famille à Collioure, où il meurt épuisé le 22 février 1939.

En 1960, Aragon lui rend hommage dans Les Poètes, plus tard mis en musique et chanté par Jean Ferrat :

Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd
Il s'assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours.

L'oeuvre du poète est dominée, à la fin de sa vie, par la réflexion poétique, philosophique et morale.

Il rassembla en 1936 un recueil de notes et fragments sous le titre "Juan de Mairena": une oeuvre placée sous le signe de l'hétéronymie, où des poètes et des philosophes fictifs expriment leurs opinions, publient leurs vers, Machado lui-même n'étant qu'un de leurs disciples anonymes.

Et quand viendra le jour du dernier voyage,
Quand partira la nef qui jamais ne revient,
Vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,
Quasiment nu, comme les enfants de la mer.
(Champs de Castille)


Antonio Machado
Par Leandro Oroz (1925)


samedi 23 septembre 2017

Eugenio Montale : La poésie est-elle encore possible?


Eugenio Montale est un poète italien né à Gênes en 1896 et mort à Milan en 1981.

Eugenio Montale
Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1975.

Il est né dans une famille aisée de commerçants en produits chimiques.
Son père était d'ailleurs fournisseur de l'entreprise où était employé Italo Svevo.

Les caractéristiques de cette famille, décrites par Bianca Montale, une petite fille du poète :

"L'anxiété, la fragilité nerveuse, la timidité, la concision à l'oral et à l'écrit, une vision ayant souvent tendance à aller au pire de toute vicissitude, un certain sens de l'humour."

Eugenio poursuit des études commerciales, puis musicales avant d'intégrer l'Académie militaire de Parme.
Il cultive, en dehors de toute institution universitaire son goût pour la littérature et les langues étrangères.

Sous le fascisme oppressant de Mussolini, il est sans emploi, traduit Shakespeare, Melville, Yeats,...

Ses premières poésies paraissent dans les années vingt et il ne cessera d'écrire et de publier jusqu'à sa mort.


Son discours de réception du Prix Nobel pose cette question essentielle : "La poésie est-elle encore possible?"

Extraits :

"Il existe au monde une large place pour l'inutile; bien plus, un des dangers de notre temps est la commercialisation de l'inutile, à laquelle sont sensibles surtout les plus jeunes.

Quoiqu'il en soit, je suis ici pour avoir écrit des poèmes, produit totalement inutile mais rarement nuisible, et c'est là un de ses titres de noblesse.

Mais ce n'est pas le seul, la poésie étant une production ou une maladie absolument endémique et incurable."


"On a dit que ma production était maigre, à supposer peut-être que le poète produise des marchandises, car les machines doivent être utilisées au maximum.

Heureusement, la poésie n'est pas une marchandise."


"Tous les arts se démocratisent, au mauvais sens du mot. L'art produit des objets de consommation à utiliser puis à jeter, en attendant un monde dans lequel l'homme parviendrait à se libérer de tout, même de sa propre conscience."

"Mais pourquoi aujourd'hui plus que jamais l'homme civilisé est-il arrivé à se prendre en horreur?...
Les communications de masse, la radio, et surtout la télévision ont tenté non sans succès d'anéantir toute possibilité de solitude et de réflexion...



"La poésie pourra-t-elle survivre dans un monde de communication de masse?"

"La grande poésie peut mourir, renaître, mourir à nouveau mais restera toujours une des cimes de l'esprit humain."

Voir ici.


lundi 22 mai 2017

Bruce Machart : Des hommes en devenir



Bruce Machart a grandi au Texas.
Il est l'auteur du Sillage de l'oubli, publié en 2011 aux Etats-Unis où ce premier roman a reçu un accueil enthousiaste.

Son univers a été comparé à ceux de William Faulkner et de Cormac McCarthy.
Bruce Machart vit à Hamilton, dans le Massachusetts.

Bruce Machart

Bruce Machart est publié en France par les Editions Gallmeister, qui depuis 2006 se consacrent à la découverte de multiples facettes de la littérature américaine : c'est l'unique éditeur français spécialisé dans ce domaine.

Ces très intéressantes éditions nous permettent d'enrichir notre vision d'une Amérique complexe et fascinante. Voir ici.

Voir également ici ma note sur Refuge de Terry Tempest Williams publié également aux éditions Gallmeister.

On trouve dans Des hommes en devenir la plume évocatrice et puissante d'un maître de la littérature américaine.



Ce recueil de nouvelles insolites, superbes et dures a été publié en 2011 aux USA et en 2014 en France.

Qu'ils se retrouvent en train d'arpenter les terres fertiles du Sud, de conduire leur pick-up fenêtres ouvertes dans la chaleur suffocante du périphérique de Houston, d'actionner l'écorceuse pour transformer des grumes en feuilles de papier, les hommes de ce recueil découvrent tous, en un instant la faille en eux.

Ils vivent parmi vous ; sans le savoir, vous les avez peut-être déjà croisés, sur une aire d'autoroute, un parking de motel...

Ils partagent une même douleur, sont hantés par un parent, un ami, un amour disparu.

Bruce Machart nous invite à rencontrer dix destins frappés par le deuil, la rupture, l'abandon...



Voir ici une présentation de ce livre par une libraire.

Ce livre magnifique et poignant, écrit dans une langue simple et forte, violente et émouvante, a été mis  en scène à la Comédie de l'Est, à Colmar, en avril dernier, par Emmanuel Meirieu, qui nous a fait découvrir cet auteur américain.

Emmanuel Meirieu aborde le théâtre en créateur d'émotions fortes...

Il a adapté Sorj Chalandon ("Mon traître"), Russel Banks ("De beaux lendemains") avec toujours l'envie de nous faire entendre de la manière la plus simple la puissance des histoires, en mettant en scène des êtres brisés et viscéralement humains, des héros tragiques contemporains.

Emmanuel Meirieu

La représentation de "Des hommes en devenir"à la Comédie de l'Est était d'une puissance émotionnelle formidable, en nous donnant à voir six témoignages de colère, de douleur et de courage, des témoignage d'hommes qui n'ont pas peur de garder un peu de tendresse au fond de leur poitrine pour venir l'exposer au grand jour : un spectacle qui était comme une vague de chaleur et d'humanité.


Voir ici.

samedi 4 mars 2017

"La Chute " d'Albert Camus, interprété par Ivan Morane


Le 23 Février dernier, nous avons assisté à une interprétation magistrale de "La Chute" d' Albert Camus, au Théâtre du Lucernaire, à Paris.

Albert Camus

L'adaptation était de Catherine Camus et François Chaumette.

La mise en scène et l'interprétation, magistrales, étaient d' Ivan Morane.



Voir ici sa longue biographie de metteur en scène et de comédien, et , un lien vers La Compagnie Ivan Morane.

C'est un homme de théâtre éclectique et de grand talent, qui a également mis en scène Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, Le Barbier de Séville de Rossini, ou Barbe Bleue d'Offenbach.


Ivan Morane

En cinq journées, Clamence, le "personnage" de La Chute va réussir a confronter le lecteur (ici le spectateur) à lui-même.

Clamence présente une réelle filiation avec les personnages de Dostoïevski : tourmenté, ironique, cynique, et parfois manipulateur.

Il monte un procès quasi kafkaïen et y joue tous les rôles : accusé, avocat de la défense, de l'accusation, procureur, et grâce au génie de Camus, le tribunal s'élargit à l'échelle du monde.


A Mexico-City, petit bar louche d'Amsterdam, un consommateur nommé Jean-Baptiste Clamence, engage la conversation avec un compagnon de passage.

Ancien brillant avocat ayant quitté Paris, Clamence est devenu "juge-pénitent".

Il raconte à son interlocuteur qu'il menait une vie réussie jusqu'au soir où, alors qu'il traverse un pont de Paris, il entend un rire dont il ignore la provenance.

Echo de sa propre conscience, ce rire lui rappelle, quelques années auparavant, qu'il fut surpris par un bruit provoqué par la chute d'une jeune femme dans la Seine, et qu'il poursuivit son chemin malgré tout.

"Ne sommes nous pas tous semblables, confrontés toujours aux mêmes questions, bien que nous connaissions d'avance les réponses?"

Albert Camus

"Cette interprétation du chef d'oeuvre de Camus est un moment de saisissement et de plénitude dramatique" Le Figaro

"De la première à la dernière seconde, il nous suspend littéralement à ses lèvres" Pariscope.

D'abord intitulé Le Cri, La Chute est un court roman, une nouvelle, une confession qui progressivement se transforme en accusation contre l'humanité entière.

Ce texte nous interroge sur notre propre sentiment de culpabilité.
Il nous tend un miroir terrible de véracité, passionnant et salvateur.


Ce texte magnifique est porté avec puissance et passion par Ivan Morane dont l'interprétation nous a totalement bouleversés.

Voir ici une courte video de cette interprétation.


jeudi 19 janvier 2017

Sherman Alexie : un conteur amérindien magistral et visionnaire


Sherman Alexie est né en 1966 à Wellpinit, dans l'Etat de Washington, aux Etats-Unis.
Il vit à Seattle.

Sherman Alexie

Il est amérindien, né d'un père de la Nation Coeur-d'Alène et d'une mère de la Nation Spokane et il a grandi dans une réserve près de Seattle.

Il écrit aussi bien des poèmes que des romans, des recueils de nouvelles, des pièces de théâtre, des scénarios de films.

Sherman Alexie écrit principalement sur les populations amérindiennes.
Ses récits sont partiellement autobiographiques, et font état d'un grand réalisme

Il fait partie de la nouvelle génération d'écrivains, appelée la Renaissance Amérindienne, tout comme Louise Erdrich (voir ma dernière note). 

Sherman Alexie est considéré comme l'un des 20 meilleurs jeunes romanciers américains.

Sherman Alexie

Dans "Indian killer", paru en 1997, il décrit la misère matérielle et spirituelle des jeunes amérindiens, l'alcoolisme et la drogue.

"Phoenix, Arizona", paru en 1999 est un ensemble de nouvelles, dont la première intitulée Phoenix, Arizona a été adaptée au cinéma par Chris Eyre et Sherman Alexie.

Elle illustre l'esprit de ce recueil, qui s'inscrit sous le double signe de l'humour et de la tragédie.


D'une sincérité brutale et d'une grâce indéniable, ces nouvelles nous parlent de familles, de matches de basket, d'amitié, de violence, de souffrance et d'amour, mais avant tout de relations entre les gens et de la distance qui souvent les sépare .

Dix ans après que son père a disparu sans fournir d'explication, Victor, un jeune Indien, apprend que celui-ci vient de mourir d'une crise cardiaque dans une caravane miteuse à Phoenix, Arizona. Thomas, son ami et souffre-douleur, sait que l'argent lui manque pour aller chercher ses cendres. Il propose de financer le voyage, à condition que Victor l'emmène avec lui...
Ainsi commence la nouvelle Phoenix, Arizona...