vendredi 8 décembre 2017

Quand Jean d'Ormesson faisait l'éloge de Simone Veil


Deux personnalités remarquables, deux "immortels", ont disparu en 2017 : Jean d'Ormesson, le 5 décembre, et Simone Veil, le 30 juin.

Jean d'Ormesson, parfois surnommé Jean d'O, fut élu à l'Académie Française en 1973 au 12° fauteuil, celui de Jules Romains.

Jean d'Ormesson
16/6/1925 - 5/12/2017

Simone Veil  fut élue en 2008 à l'Académie Française au fauteuil N°13, qui fut celui de Pierre Messmer, de Paul Claudel, de Pierre Loti et de Racine.

Simone Veil
13/7/1927 - 30/6/2017

C'est Jean d'Ormesson qui prononça un discours juste et remarquable, en réponse au discours non moins remarquable de Simone Veil, lors de sa réception à l'Académie Française, le 18 mars 2010.


Extrait :
...
"La première réponse à la question posée par une popularité si constante et si exceptionnelle est liée à votre attitude face au malheur. Vous avez dominé ce malheur avec une fermeté d'âme exemplaire. Ce que vous êtes d'abord, c'est courageuse - et les Français aiment le courage.
Vous avez des convictions, mais elles ne sont jamais partisanes. Vous les défendez avec force. Mais vous êtes loyale envers vos adversaires comme vous êtes loyale envers vos amis. Vous êtes un modèle d'indépendance. Plus d'une fois, vous trouvez le courage de vous opposer à ceux qui vous sont proches et de prendre, parce que vous pensez qu'ils n'ont pas toujours tort, le parti de ceux qui sont plus éloignés de vous. C'est aussi pour cette raison que les Français vous aiment.
Avec une rigueur à toute épreuve, vous êtes, en vérité, une éternelle rebelle. Vous êtes féministe, vous défendez la cause des femmes avec une fermeté implacable, mais vous n'adhérez pas aux thèses de celles qui, à l'image de Simone de Beauvoir, nient les différences entre les sexes. Vous êtes du côté des plus faibles, mais vous refusez toute victimisation. Quand on vous propose la Légion d'honneur au titre d'ancienne déportée, vous déclarez avec calme et avec beaucoup d'audace qu'il ne suffit pas d'avoir été malheureuse dans un camp pour mériter d'être décorée.
La clé de votre popularité, il faut peut-être la chercher, en fin de compte, dans votre capacité à emporter l'adhésion des Français. Cette adhésion ne repose pas pour vous sur je ne sais quel consensus médiocre et boiteux entre les innombrables opinions qui ne cessent de diviser notre vieux pays. Elle repose sur des principes que vous affirmez, envers et contre tous, sans jamais hausser le ton, et qui finissent par convaincre. Disons-le sans affectation : au coeur de la vie politique, vous offrez une image républicaine et morale.
Il y a en vous comme un secret : vous êtes la tradition même et la modernité incarnée. Je vous regarde, Madame : vous me faites penser à ces grandes dames d'autrefois dont la dignité et l'allure imposaient le respect. Et puis, je considère votre parcours et je vous vois comme une de ces figures de proue en avance sur l'histoire.
Oui, il y a de l'énigme en vous : une énigme claire et lumineuse jusqu'à la transparence. Elle inspire à ceux qui ont confiance en vous des sentiments qui les étonnent eux-mêmes. Vous le savez bien : ici, sous cette Coupole, nous avons un faible pour les coups d'encensoir dont se méfiait Pierre Messmer. L'admiration est très répandue parmi ceux qui se traitent eux-mêmes d'immortels. Nous nous détestons parfois, mais nous nous admirons presque toujours. Nous passons notre temps à nous asperger d'éloges plus ou moins mérités : nous sommes une société d'admiration mutuelle, que Voltaire déjà dénonçait en son temps. Cette admiration, vous la suscitez, bien sûr, vous-même. Mais, dans votre cas, quelque chose d'autre s'y mêle : du respect, de l'affection, une sorte de fascination. Beaucoup, en France et au-delà, voudraient vous avoir, selon leur âge, pour confidente, pour amie, pour mère, peut-être pour femme de leur vie. Ces rêves d'enfant, les membres de notre Compagnie les partagent à leur tour. Aussi ont-ils choisi de vous prendre à jamais comme consoeur. Je baisse la voix, on pourrait nous entendre : comme l'immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame. Soyez la bienvenue au fauteuil de Racine qui parlait si bien de l'amour."

vendredi 10 novembre 2017

Léon Bloy, imprécateur par amour


Léon Bloy, né le 11 juillet 1846 est mort le 3 novembre 1917, il y a 100 ans.



C'est un romancier, essayiste français, et polémiste célèbre, fils d'un franc maçon et d'une ardente catholique.
Il s'appelait lui-même "le mendiant ingrat", ou "le pèlerin de l'absolu".

La rencontre avec Barbey d'Aurevilly sera pour lui l'occasion d'une profonde conversion intellectuelle, qui le ramène à la foi catholique.

Imprécateur, et pamphlétaire "par amour", comme il se nommait lui-même, Léon Bloy est l'écrivain de l'excès, de la démesure, de l'engagement total.

Il consacra sa vie et son oeuvre à la défense des pauvres, à la dignité de l'homme, à l'amour de Dieu, à la figure du Christ.


Il n'eut de cesse d'attaquer "le bourgeois", cet homme "qui ne fait aucun usage de la faculté de penser".

Il s'en prend, au nom de cet Absolu, aux politiques, aux écrivains, aux journalistes, aux athées et aux chrétiens eux-mêmes, qu'il attaque avec une violence magistrale.

Un siècle après sa mort, il est urgent de reprendre contact avec l'oeuvre immense de cet écrivain si singulier qui ne voyait pas qu'il fut possible d'écrire autrement "qu'au seuil de l'Apocalypse ".

Le premier roman de Léon Bloy, "Le Désespéré"(1887), largement autobiographique, est un pavé dans la mare de tous les conformismes.


Ce livre est un cri de révolte, un "amoureux blasphème", un pamphlet au vitriol contre la foule des "digérants" républicains et la "Grande Vermine des Lettres".

La langue de Léon Bloy est étonnante, magique, en un sens, barbelée de mots rares, étrangement mystique et d'une surprenante modernité et qui traduit de façon émouvante l'inquiétude spirituelle propre à tout être humain.

"La Femme Pauvre" est un grand roman poétique, magnifiquement écrit, dominé par l'image du feu, qui glorifie la femme, et qui revisite un vieux thème chrétien qui consiste à faire de la pauvreté une voie vers la rédemption.


"La Femme Pauvre" parvient à la lumière lorsque, dépouillée de tout, elle est laissée à la totale solitude et à la misère absolue.
Au delà de toute tristesse et de tout malheur humain, elle accède à l'univers spirituel et "sa continuelle prière est une torche secouée contre les puissants...".

J'ai pris beaucoup de plaisir, mais beaucoup plus que celà, j'ai été interpelé par son Journal I (1892-1907) où nous sautent en pleine figure les colères, les peurs, les exaltations d'un pèlerin de l'absolu : ses mots frappent, font sursauter, interrogent.


Léon Bloy se lance avec véhémence dans le déchiffrement de ce qu'est l'homme, il le fouille sans aucune complaisance, met à nu ses faiblesses, ses souffrances...

Ce pamphlétaire mystique intransigeant est à relire de toute urgence, dans notre époque "communicante", abâtardie, et qui ne cesse de se chercher, désespérément.


vendredi 13 octobre 2017

La Peur de Stefan Zweig


La Peur (Angst), une nouvelle de l'écrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942), écrite en février et avril 1913, fut publiée en 1920 à Berlin.

Stefan Zweig
Au début du siècle, à Vienne, Irène, trentenaire bourgeoise mariée, aimée de son mari, le trompe néanmoins, par jeu et par envie de se divertir.
Jusqu'au jour ou une femme la coince à la sortie de chez l'amant, jeune musicien à succès.


Dès lors, Irène vit dans la peur de se faire prendre par son mari, de se faire dénoncer par la maîtresse chanteuse.
Mais il s'avérera que cette dernière n'était qu'une actrice, payée par le mari d'Irène, dans le but de la faire avouer et de pouvoir lui pardonner.

Nous avons vu il y a quelques jours une magnifique adaptation théâtrale de cette nouvelle, au Théâtre Michel, à Paris, dans une adaptation et une mise en scène remarquables d'Elodie Menant.


Le jeu des trois acteurs, Hélène Degy, Aliocha Itovich et Ophélie Marsaud, admirable et d'une force incroyable, nous a tenu en haleine tout au long du spectacle : magnifique!

Hélène Degy au premier plan

Nous avons apprécié tout particulièrement l'interprétation prodigieuse d'Irène par Hélène Degy, nominée pour les Molières 2017 (révélation féminine).

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Stefan Zweig excelle dans la description des tourments intérieurs de ses héros.

Cette nouvelle "La Peur", en est le meilleur exemple : Irène est-elle l'objet de manipulations, est-elle en proie à des hallucinations?
Comment échapper à cette tourmente sans fin?

Son couple vacille jusqu'au dénouement, véritable coup de théatre.

"Quand tu commences à mentir, ils est impossible de revenir en arrière; chaque mensonge est une nouvelle faute à avouer." Irène


mardi 26 septembre 2017

Antonio Machado et les grands mystères de la vie humaine


Antonio Cipriano José Maria Machado Ruiz, plus connu sous le nom d'Antonio Machado est né le 26 Juillet 1875 à Séville et est mort le 22 février 1939 à Collioure.

Il est l'une des figures du mouvement littéraire espagnol important connu sous le nom de "Génération de 98".

Antonio Machado

Il mélange la rêverie mélancolique et raffinée à l'inspiration terrienne.

Machado effectua plusieurs métiers dont celui d'acteur.

En 1899, il se rend à Paris avec son frère, qui avait obtenu un emploi de traducteur à la maison Garnier.
Il entre alors en contact avec les poètes Jean Moréas et Paul Fort, ainsi qu'avec Ruben Dario et Oscar Wilde.

Ces rencontres confortent Antonio Machado de devenir lui-même poète.

Nous avons séjourné récemment en Andalousie dans la belle ville de Baeza, dans la province de Jaén, où a vécu Machado.

Machado est venu à Baeza en octobre 1912, brisé par la douleur, pour enterrer sa jeune femme Leonor, âgée de 18 ans et décédée à Soria.

Machado à Baeza

Il y prend la chaire de grammaire française à l'Institut Général et Technique, situé dans le bâtiment de l'ancienne université, qui est devenue la chaire "Antonio Machado" de l'Université Internationale d'Andalousie.

Sur le mur de l'Université, nous y avons vu l'inscription suivante :



Antonio Machado publia ses premiers poèmes dans le Journal littéraire Electra, puis, en 1903, ce fut Soledades, en 1910 : Galerias, Otros Poemas, en 1912 : Campos de Castilla, en 1917 : Poetas Completas, en 1924 : Nuevas Canciones, en 1938 : Noches de Castilla,...



Sa poésie est empreinte d'une sagesse et d'une profondeur, qui lui donne une portée égale à celle des plus grands poètes.

L'oeuvre de Machado interroge constamment les grands mystères de la vie humaine, dans une contemplation attentive des hommes et du monde.



A partir de 1936, durant la guerre civile, Machado mit sa plume au service du parti républicain, et à la chute de la Seconde République espagnole, il fuit avec sa famille à Collioure, où il meurt épuisé le 22 février 1939.

En 1960, Aragon lui rend hommage dans Les Poètes, plus tard mis en musique et chanté par Jean Ferrat :

Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fit lourd
Il s'assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours.

L'oeuvre du poète est dominée, à la fin de sa vie, par la réflexion poétique, philosophique et morale.

Il rassembla en 1936 un recueil de notes et fragments sous le titre "Juan de Mairena": une oeuvre placée sous le signe de l'hétéronymie, où des poètes et des philosophes fictifs expriment leurs opinions, publient leurs vers, Machado lui-même n'étant qu'un de leurs disciples anonymes.

Et quand viendra le jour du dernier voyage,
Quand partira la nef qui jamais ne revient,
Vous me verrez à bord, et mon maigre bagage,
Quasiment nu, comme les enfants de la mer.
(Champs de Castille)


Antonio Machado
Par Leandro Oroz (1925)


samedi 23 septembre 2017

Eugenio Montale : La poésie est-elle encore possible?


Eugenio Montale est un poète italien né à Gênes en 1896 et mort à Milan en 1981.

Eugenio Montale
Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1975.

Il est né dans une famille aisée de commerçants en produits chimiques.
Son père était d'ailleurs fournisseur de l'entreprise où était employé Italo Svevo.

Les caractéristiques de cette famille, décrites par Bianca Montale, une petite fille du poète :

"L'anxiété, la fragilité nerveuse, la timidité, la concision à l'oral et à l'écrit, une vision ayant souvent tendance à aller au pire de toute vicissitude, un certain sens de l'humour."

Eugenio poursuit des études commerciales, puis musicales avant d'intégrer l'Académie militaire de Parme.
Il cultive, en dehors de toute institution universitaire son goût pour la littérature et les langues étrangères.

Sous le fascisme oppressant de Mussolini, il est sans emploi, traduit Shakespeare, Melville, Yeats,...

Ses premières poésies paraissent dans les années vingt et il ne cessera d'écrire et de publier jusqu'à sa mort.


Son discours de réception du Prix Nobel pose cette question essentielle : "La poésie est-elle encore possible?"

Extraits :

"Il existe au monde une large place pour l'inutile; bien plus, un des dangers de notre temps est la commercialisation de l'inutile, à laquelle sont sensibles surtout les plus jeunes.

Quoiqu'il en soit, je suis ici pour avoir écrit des poèmes, produit totalement inutile mais rarement nuisible, et c'est là un de ses titres de noblesse.

Mais ce n'est pas le seul, la poésie étant une production ou une maladie absolument endémique et incurable."


"On a dit que ma production était maigre, à supposer peut-être que le poète produise des marchandises, car les machines doivent être utilisées au maximum.

Heureusement, la poésie n'est pas une marchandise."


"Tous les arts se démocratisent, au mauvais sens du mot. L'art produit des objets de consommation à utiliser puis à jeter, en attendant un monde dans lequel l'homme parviendrait à se libérer de tout, même de sa propre conscience."

"Mais pourquoi aujourd'hui plus que jamais l'homme civilisé est-il arrivé à se prendre en horreur?...
Les communications de masse, la radio, et surtout la télévision ont tenté non sans succès d'anéantir toute possibilité de solitude et de réflexion...



"La poésie pourra-t-elle survivre dans un monde de communication de masse?"

"La grande poésie peut mourir, renaître, mourir à nouveau mais restera toujours une des cimes de l'esprit humain."

Voir ici.


lundi 22 mai 2017

Bruce Machart : Des hommes en devenir



Bruce Machart a grandi au Texas.
Il est l'auteur du Sillage de l'oubli, publié en 2011 aux Etats-Unis où ce premier roman a reçu un accueil enthousiaste.

Son univers a été comparé à ceux de William Faulkner et de Cormac McCarthy.
Bruce Machart vit à Hamilton, dans le Massachusetts.

Bruce Machart

Bruce Machart est publié en France par les Editions Gallmeister, qui depuis 2006 se consacrent à la découverte de multiples facettes de la littérature américaine : c'est l'unique éditeur français spécialisé dans ce domaine.

Ces très intéressantes éditions nous permettent d'enrichir notre vision d'une Amérique complexe et fascinante. Voir ici.

Voir également ici ma note sur Refuge de Terry Tempest Williams publié également aux éditions Gallmeister.

On trouve dans Des hommes en devenir la plume évocatrice et puissante d'un maître de la littérature américaine.



Ce recueil de nouvelles insolites, superbes et dures a été publié en 2011 aux USA et en 2014 en France.

Qu'ils se retrouvent en train d'arpenter les terres fertiles du Sud, de conduire leur pick-up fenêtres ouvertes dans la chaleur suffocante du périphérique de Houston, d'actionner l'écorceuse pour transformer des grumes en feuilles de papier, les hommes de ce recueil découvrent tous, en un instant la faille en eux.

Ils vivent parmi vous ; sans le savoir, vous les avez peut-être déjà croisés, sur une aire d'autoroute, un parking de motel...

Ils partagent une même douleur, sont hantés par un parent, un ami, un amour disparu.

Bruce Machart nous invite à rencontrer dix destins frappés par le deuil, la rupture, l'abandon...



Voir ici une présentation de ce livre par une libraire.

Ce livre magnifique et poignant, écrit dans une langue simple et forte, violente et émouvante, a été mis  en scène à la Comédie de l'Est, à Colmar, en avril dernier, par Emmanuel Meirieu, qui nous a fait découvrir cet auteur américain.

Emmanuel Meirieu aborde le théâtre en créateur d'émotions fortes...

Il a adapté Sorj Chalandon ("Mon traître"), Russel Banks ("De beaux lendemains") avec toujours l'envie de nous faire entendre de la manière la plus simple la puissance des histoires, en mettant en scène des êtres brisés et viscéralement humains, des héros tragiques contemporains.

Emmanuel Meirieu

La représentation de "Des hommes en devenir"à la Comédie de l'Est était d'une puissance émotionnelle formidable, en nous donnant à voir six témoignages de colère, de douleur et de courage, des témoignage d'hommes qui n'ont pas peur de garder un peu de tendresse au fond de leur poitrine pour venir l'exposer au grand jour : un spectacle qui était comme une vague de chaleur et d'humanité.


Voir ici.

samedi 4 mars 2017

"La Chute " d'Albert Camus, interprété par Ivan Morane


Le 23 Février dernier, nous avons assisté à une interprétation magistrale de "La Chute" d' Albert Camus, au Théâtre du Lucernaire, à Paris.

Albert Camus

L'adaptation était de Catherine Camus et François Chaumette.

La mise en scène et l'interprétation, magistrales, étaient d' Ivan Morane.



Voir ici sa longue biographie de metteur en scène et de comédien, et , un lien vers La Compagnie Ivan Morane.

C'est un homme de théâtre éclectique et de grand talent, qui a également mis en scène Le Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, Le Barbier de Séville de Rossini, ou Barbe Bleue d'Offenbach.


Ivan Morane

En cinq journées, Clamence, le "personnage" de La Chute va réussir a confronter le lecteur (ici le spectateur) à lui-même.

Clamence présente une réelle filiation avec les personnages de Dostoïevski : tourmenté, ironique, cynique, et parfois manipulateur.

Il monte un procès quasi kafkaïen et y joue tous les rôles : accusé, avocat de la défense, de l'accusation, procureur, et grâce au génie de Camus, le tribunal s'élargit à l'échelle du monde.


A Mexico-City, petit bar louche d'Amsterdam, un consommateur nommé Jean-Baptiste Clamence, engage la conversation avec un compagnon de passage.

Ancien brillant avocat ayant quitté Paris, Clamence est devenu "juge-pénitent".

Il raconte à son interlocuteur qu'il menait une vie réussie jusqu'au soir où, alors qu'il traverse un pont de Paris, il entend un rire dont il ignore la provenance.

Echo de sa propre conscience, ce rire lui rappelle, quelques années auparavant, qu'il fut surpris par un bruit provoqué par la chute d'une jeune femme dans la Seine, et qu'il poursuivit son chemin malgré tout.

"Ne sommes nous pas tous semblables, confrontés toujours aux mêmes questions, bien que nous connaissions d'avance les réponses?"

Albert Camus

"Cette interprétation du chef d'oeuvre de Camus est un moment de saisissement et de plénitude dramatique" Le Figaro

"De la première à la dernière seconde, il nous suspend littéralement à ses lèvres" Pariscope.

D'abord intitulé Le Cri, La Chute est un court roman, une nouvelle, une confession qui progressivement se transforme en accusation contre l'humanité entière.

Ce texte nous interroge sur notre propre sentiment de culpabilité.
Il nous tend un miroir terrible de véracité, passionnant et salvateur.


Ce texte magnifique est porté avec puissance et passion par Ivan Morane dont l'interprétation nous a totalement bouleversés.

Voir ici une courte video de cette interprétation.